Réalisez votre propre mise en scène

Beaucoup d’élèves se posent la question de la façon dont réaliser une mise en scène personnelle. Dans notre cours de niveau 3, nous offrons la possibilité au groupe d’effectuer un travail, s’étalant sur plusieurs cours, pour réaliser leur mise en scène. Le studio et les éclairages à disposition, ainsi que les conseils du professeur, permettent aux élèves de réaliser une prise de vue qui, généralement, seuls, ils n’oseraient pas faire. Le tutoriel ci-dessous s’applique à reprendre la théorie vue dans le cours de photographie de niveau 3, en vous offrant différents trucs et astuces vous permettant de réaliser votre première mise en scène, à votre tour. 

Qu’est-ce que la photographie de mise en scène ?

La photographie de mise en scène est une des multiples manières, qui existent en photographie, de mettre en image une idée, un produit ou une personne. Elle s’oppose à la photographie prise sur le vif (comme, par exemple, le reportage), et constitue plutôt un medium plutôt qu’une fin en soit. Elle puise sa justification dans la démarche du photographe, et peut être abordée d’un point de vue aussi bien documentaire, que dans la mise en valeur d’un produit.

Copyright – Tim Walker

La photographie de mise en scène s’attache aussi bien à représenter une idée par le biais d’un décor créatif (il peut même être créé de A à Z!) que par la prise de vue d’un ou plusieurs modèles dans un environnement naturel. La mise en scène est donc, en conclusion, le fait d’intervenir librement dans la prise de vue et soit de créer un véritable tableau ou plus simplement, s’attacher à déplacer des objets dans un environnement pré-existant.

Imaginez un photographe qui s’attache à déplacer des objets ou la personne qu’il prend en photo dans son habitat naturel lors d’un reportage photo, il ne s’agit plus d’une prise de vue « sur le vif », mais d’une mise en scène. Par ailleurs, dans le reportage, cette pratique est très controversée et a parfois pu mettre en évidence l’intervention des médias et par là, leur totale subjectivité.

Copyright – Philip Lorca Di Corcia

Dans ce tutoriel, nous allons aborder la photographie de mise en scène de manière générale. Nous allons passer en revue les différentes étapes préalables de la photographie de mise en scène, qui sont les étapes les plus importantes pour organiser celle-ci et, par conséquent, réaliser le plus efficacement possible son idée.

L’inquiétude la plus fréquente des photographes débutants est de ne pas savoir par où commencer. Il existe pourtant des étapes, très courantes, qui pourront vous permettre d’avancer et de vous inspirer.

L’inspiration, comme pour tout autre artiste, ne naît pas seule : elle se crée, intentionnellement, en faisant travailler son esprit. Aller voir des expositions, regarder de la musique, des films… sont déjà des actes qui permettront de nourrir votre inconscient et par la suite, de créer des œuvres personnelles. 

Étape 1 : le thème

Sans cette étape, il est impossible d’entamer les suivantes : il vous faut définir, en premier lieu, ce que vous souhaitez faire. Aborder une problématique sociale ? Réaliser des portraits de quelqu’un qui vous inspire ? Illustrer un rêve, une couleur, un sentiment ?

La première chose que vous devez donc établir est l’idée, le thème, que vous souhaitez aborder. L’idée peut venir de vous, au détour d’une conversation inspirante, d’une thématique abordée dans un film qui vous a touché, mais elle peut venir également d’un travail en commun avec un client potentiel (ex. une créatrice de bijou souhaite que vous mettiez en valeur sa nouvelle collection).

Peu importe la façon dont elle est venue à vous, l’idée est le premier pas vers la création d’une image (ou d’une série d’images). Certains photographes se font, évidemment, une joie de se balader constamment avec leur appareil photo et photographier l’environnement qui les entoure mais, même dans leur cas, l’idée de base était justement « se balader et prendre l’environnement qui m’entoure ». Il n’existe aucune oeuvre qui n’est pas précédée d’une réflexion, aussi courte soit-elle, au préalable.

Copyright Gregory Crewdson – Crewdson s’attache à mettre en scène l’envers du rêve américain

Étape 2 : le brainstorming

Cette étape peut, en fonction du fait que vous soyez seuls ou que vous travaillez avec une équipe, être passée. En effet, le brainstorming, qui signifie littéralement « tempête de cerveaux », consiste à discuter du thème en question et de proposer, tour à tour, des idées en vrac. C’est une technique utilisée couramment dans les boîtes de publicité, qui engagent plusieurs créatifs pour travailler sur un projet et, marketing oblige, trouver une solution la plus adaptée possible à la clientèle.

Seul, il est plus difficile mais pas impossible d’effectuer un brainstorming. Il vous suffit de procéder par association d’idées et d’en venir à une conclusion adaptée. Parfois l’étape 3 et l’étape 2 peuvent être une seule et unique étape qui permet d’amener l’idée à terme. Avec un client, néanmoins, il est indispensable d’établir une liste des desiderata de celui-ci afin de ne pas vous tromper de chemin !

Copyright – Carl Warner – « Bodyscapes »

Étape 3 : le moodboard

Lorsque le brainstorming a été effectué, il est indispensable de mettre en image les mots qui ont été partagés, afin de s’assurer que tout le monde est sur la même longueur d’onde. Ainsi, en se basant sur le moodboard du photographe, l’équipe créative (maquillage, coiffure, set design, etc.) peut se faire une idée plus précise des attentes particulières du client et/ou du photographe et de cette manière, la communication est plus efficace !

En effet, n’oubliez pas qu’un travail d’équipe est généralement voué à l’échec (ou en tout cas à une bonne série d’incompréhensions et de tensions) si la communication n’est pas facilitée par des visuels appuyant vos idées. Les croquis sont parfois une bonne solution, si vous savez dessiner (et même si ce n’est pas le cas, un dessin simplifié peut convenir), mais ceux-ci, parfois, ne suffisent pas à se faire une idée plus précise de la transposition en trois dimensions du dessin. C’est là où le moodboard intervient !

Le moodboard est un tableau sur lequel on colle des images d’inspiration. Ces images doivent évidemment être suffisamment claires pour que l’on comprenne à quoi elle fait référence ou ce qu’elle vous inspire ! N’hésitez pas à ajouter de petites annotations si vous en ressentez le besoin.

Chaque moodboard est unique et c’est à vous de jouer pour faire comprendre à votre client ou à votre équipe l’idée que vous lui proposez. Un moodboard peut être composé, par exemple, d’une charte de couleurs qui représente les nuances qui seront utilisées sur l’image, d’une série de poses que le modèle pourra emprunter, d’exemples de maquillages désirés (qui doivent, évidemment, présenter une cohérence entre eux), etc.

Quel support pour le moodboard ?

Si vous êtes un puriste et un bricoleur et que vous aimez la sensation du papier, vous pouvez réaliser un véritable moodboard sur une grande feuille de papier : vous découpez des inspirations dans les magazines, imprimez des images du net, collez des textures, des matières, dessinez et écrivez directement dessus. C’est une belle méthode, généralement qui donne un certain charme au processus créatif, mais qui peut être également coûteuse.

Si vous êtes un magicien de l’informatique (ou pas, en fait), vous pouvez utiliser des programmes tels que Photoshop ou même InDesign pour réaliser une belle mise en page de votre moodboard.

Si vous êtes un peu plus paresseux, le traitement de texte pourrait, pourquoi pas, faire l’affaire ou être une solution temporaire… mais celui-ci fait moins bonne impression !

Étape 4 : le schéma d’éclairage

Cette étape est, à nouveau, facultative ! Le schéma d’éclairage n’est pas indispensable, étant donné que celui-ci dépendra évidemment de l’environnement dans lequel vous avez décidé de faire les images. Si vous avez décidé de vous en remettre à la lumière naturelle, vous munir de réflecteurs pourrait suffire largement, et il n’est donc pas nécessaire de préparer un schéma d’éclairage.

Dans le cas où vous choisissez de réaliser une mise en scène en studio ou d’ajouter à votre environnement des éclairages artificiels, il est préférable d’y réfléchir avant votre séance photo.

Ce schéma ne doit pas nécessairement être partagé avec qui que ce soit d’autre, et ne doit pas non plus être retranscrit sur papier : si vous l’avez dans la tête, c’est suffisant !

Un super outil pour se donner de l’inspiration : http://strobox.com/

Étape 5 : l’organisation et les plannings

Chacun fait comme il le sent mais, quand je prépare des photos de mise en scène, je fais en sorte que tout soit prêt à temps pour le jour J : les modèles (bien préparés, sachant à quoi s’attendre), le maquillage (bien préparé également pour que le maquillage ne prenne pas trop de temps), les vêtements (déjà prêts, choisis et essayés), le décor (rassembler les éléments d’un décor peut prendre énormément de temps…), la régie (oui, oui, en photo aussi, on peut prévoir une régie café/fruits/cookies/etc.), le ou les assistants (chacun le sien).

L’organisation peut parfois prendre du temps (rien ne vous empêche, d’ailleurs, de le facturer à votre client, c’est un travail comme un autre), mais permet aussi de rendre toute l’équipe sereine. Les séances photo de cette envergure peuvent être parfois une source de stress (il arrivait parfois, il y a quelques temps, que je n’en dorme pas la veille). Alors, faites vous du bien en vous préparant bien !

Étape 6 : les repérages et/ou les tests lumières

Encore une étape qui variera en fonction des décisions qui seront prises ! Le repérage n’est pas forcément nécessaire si vous réalisez vos photos en studio (studio que, par ailleurs, vous connaissez déjà sur le bout de doigts), mais sera indispensable si vous décidez de vous établir dans un tout nouveau lieu. Il est important de pouvoir juger de l’espace, la hauteur des plafonds, la longueur de la pièce (celle-ci vous offre-t-elle assez de recul ?), si l’endroit dispose d’accommodations (toilettes, lavabo, commerces de proximité), etc.

Les tests lumière ne sont pas indispensables si vous savez à quoi vous en tenir, mais peuvent vous faciliter le travail avant le jour J ! Si vous avez prévu une journée pour installer votre décor avec votre équipe, vous pouvez en profiter, éventuellement pour réaliser quelques tests d’éclairage et même faire en sorte que celui-ci soit déjà prêt et installé. Ce n’est certes pas indispensable, mais c’est un gain de temps et cela peut également vous permettre de pallier à tout problème qui se déclare avant la séance photo.

Étape 7 : le Jour J

Le Jour J, vous avez votre moodboard à portée de main, votre équipe fraîche et dispo, bien préparée, et si pas d’équipe, au moins vous !

Notez l’importance d’une bonne organisation, d’un travail considérable en amont qui vous permettra de réaliser une mise en scène d’un niveau plus évolué. En acquérant de l’expérience, vous développerez également votre propre flux de production, qui dépend évidemment de ce que vous souhaitez réaliser.

Copyright – Jeff Wall, Invisible man by Ralp Ellison, The Prologue, 1999-2000

Photo de couverture : Copyright – Lucile Dizier 

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